Commencer la saponification à froid : de débutante à passionnée

par | 25/Mar/2022 | Savon | 0 commentaires

Aujourd’hui, nous donnons la parole à l’une de nos expertes Kelvin, Florine De Bie, spécialiste en cosmétiques naturelle et en saponification. Florine partage depuis 2 ans sa passion du fait-maison au travers d’une belle aventure : L’Atelier Ricochet. Elle nous raconte comment elle a commencé à fabriquer ses savons maison, ses petits ratés et ses grandes victoires…

On ne naît pas expert en saponification à froid, on le devient !

Voilà plus de 2 ans que j’ai commencé à animer des ateliers sur la cosmétique naturelle et la savonnerie artisanale avec l’Atelier Ricochet. Je transmet ma passion de la saponification à froid à mes élèves, pour leur montrer que oui, c’est possible de réaliser chez soi de superbes savons saponifiés à froid simplement et sans danger.

Mais avant de devenir incollable sur le sujet, d’initier des dizaines de personnes et de tourner un cours sur le sujet pour Kelvin, j’ai été, comme vous, une grande débutante ? Je vous emmène aujourd’hui avec moi dans mon épopée savonnière, de mes premiers pas dans le fait-maison jusqu’à devenir aujourd’hui une experte en saponification à froid !

Un pas après l’autre vers le zéro déchet

Devenir zéro déchet

Contrairement à d’autres professionnels de la cosmétique ou de la savonnerie, je ne peux pas me targuer d’avoir fait des études en chimie ou d’être ingénieure en développement de produits cosmétiques. Quand j’ai commencé à m’intéresser à la cosmétique naturelle, c’était au moment de la naissance de ma fille aînée : liniment maison, puis produits ménagers écologiques, shampoing solide… Un pas après l’autre, à force de lectures, de recherches, de tests, j’ai petit à petit changé les produits de notre quotidien, en les fabriquant moi-même pour la plupart.

C’était long et parfois fastidieux, car j’avais en tête de me débrouiller seule à 100%, en lisant, testant des recettes, expérimentant… Et on ne va pas se mentir, il y avait pas mal de ratés au début. Et s’il y a bien UNE CHOSE qui me faisait peur et vers laquelle je n’osais pas me lancer… c’était la saponification à froid.

J’avais un peu lu sur le sujet, et l’utilisation de soude caustique me paraissait à la fois compliquée et dangereuse. Un vague souvenir d’une scène du film Fight Club me laissait penser qu’il allait falloir prendre d’énormes précautions et me laissait un peu perplexe.

Brulure soude caustique
Jack et Tyler fabriquent du savon quand Jack lui projette une quantité de soude sur la main et provoque une « brûlure chimique ».

Les savons réalisés avec de la soude sont-ils vraiment bons pour ma peau sensible ? Allais-je devoir m’équiper comme pour me rendre en zone radioactive pour fabriquer mes savons ? Si vous vous demandez ce que de la soude caustique vient faire dans du savon, je vous invite à lire notre article sur la saponification à froid afin de comprendre le processus chimique de fabrication du savon ! Je décidais alors de faire appel à une personne pour me former… Et je participais alors à mon premier atelier d’initiation à la saponification à froid !

Un atelier d’initiation à la savonnerie au résultat… mitigé !

Atelier de saponification à froid

En faisant quelques recherches sur des groupes dédiés au zéro déchet, je découvris que quelqu’un proposait des ateliers de découverte de la savonnerie. Rassurée de mener cette première expérience avec un passionné de savonnerie, j’embarque une amie avec moi pour y participer. Nous avons réalisé tous ensemble une recette de savon très basique, avec 2 huiles végétales, que nous avions pu colorer et couler dans des petits moules individuels. Sur le moment, j’étais ravie d’avoir découvert que la saponification à froid, ce n’était finalement pas si sorcier que ça. J’avais surtout très envie de recommencer chez moi, sauf qu’une fois à la maison, j’ai réalisé que j’étais complètement incapable de recréer une recette par moi-même, et le savon que nous avions réalisé ensemble n’était pas incroyable, il était trop agressif pour ma peau sèche et sensible.

J’ai donc du continuer mes lectures et mes recherches, et j’ai découvert que l’atelier auquel j’avais participé n’était pas franchement dans les règles de l’art… Eh oui, aucun d’entre nous n’avait de gants, nous avons donc manipulé la pâte à savon sans savoir que celle-ci pouvait potentiellement nous causer des brûlures, la personne ayant mixé la pâte à savon n’avait pas de lunettes de protection, la recette réalisée était plus qu’approximative… Un cauchemar ! Les règles de sécurité sont primordiales pour réaliser vos savons, c’est une partie importante du cours sur la savonnerie, que nous voyons dans le module 6.

Cela m’a permis d’avoir une bonne base plus tard pour savoir ce que je ne voulais PAS faire dans mes propres ateliers, mais à l’époque, j’étais un peu de retour au point de départ.

Comprendre l’importance du calculateur

Comment utiliser un calculateur de saponification

La chose qui m’a été le plus difficile à comprendre, c’est le fonctionnement des calculateurs de saponification. Il en existe de nombreux qui ont tous leurs spécificités, mon préféré reste le calculateur Mendrulandia. Nous apprenons à l’utiliser dans le module 5 du cours d’initiation à la saponification à froid, afin que vous compreniez pourquoi les calculs en savonnerie sont importants et doivent être précis, et comment formuler vous-mêmes vos propres recettes. Comprendre les différentes notions de surgraissage, d’équilibre entre la soude caustique et les huiles végétales est primordial pour réaliser des savons doux pour la peau en toute sécurité. Utiliser un calculateur de saponification vous aide à calculer les justes mesures de corps gras et de soude caustique qui sont indispensables à la fabrication de vos savons. De plus, les calculateurs vous donnent souvent des “prévisions” qui vous permettent de comprendre l’impact de chaque huile sur votre savon. Un très bon moyen pour débuter en savonnerie et créer ses propres recettes.

Créer sa première recette de savon… seul ?

Pourtant, la première fois qu’on fabrique son savon, imaginer sa recette seul de A à Z peut être un peu déroutant ! L’idéal reste de trouver une recette déjà testée et approuvée par d’autres, et pour cela, de nombreux blogs ou sites proposant des recettes peuvent s’avérer utile. Pour autant, ne faites jamais une confiance aveugle aux informations que vous trouvez sur internet ! Vérifiez toujours les recettes que vous trouvez à l’aide d’un calculateur pour vous assurer qu’il n’y a pas d’erreur dans la pesée de la soude par exemple. D’ailleurs, vous trouverez très régulièrement des recettes données en pourcentage, à recalculer, afin d’éviter toute erreur.

Pourquoi est-ce qu’au départ il peut être compliqué de formuler soi-même des recettes de savon ? Car il faut du temps pour comprendre l’impact des différentes huiles sur les résultats du savon : l’huile de coco par exemple, n’aura pas du tout les mêmes vertus en cosmétique qu’en saponification. Pure sur la peau, l’huile de coco est très nourrissante, émolliente, voire même occlusive. En savonnerie, elle donne des savons très moussants mais aussi très décapants. Surpris ? Le cours d’initiation à la saponification à froid comporte une annexe pour en découvrir plus sur les effets des huiles en saponification.

La trouille d’utiliser la soude caustique ?

Utiliser la soude caustique

La réticence n°1 à se lancer dans la saponification à froid que j’ai relevée chez mes élèves, c’est l’utilisation de la soude caustique. Et c’est bien compréhensible, on se demande bien au départ comme un ingrédient aussi corrosif à l’état pur va pouvoir nous servir à nous laver.

La première chose à comprendre, c’est qu’après la réaction de saponification, et sous réserve que nous ayons correctement fait les calculs, il ne reste absolument plus de soude à l’état pur dans notre savon : celle-ci a entièrement été transformée en savon une fois combinée avec les corps gras.

On retrouve la soude sous 2 formes : l’une pure, sous forme de micro-perles blanches, et l’autre déjà diluée, qu’on appelle “soude liquide” ou “lessive de soude”. Cette dernière a tout simplement déjà été mélangée à de l’eau, et pour l’utiliser, vous devez facilement pouvoir retrouver sa concentration en pourcentage notée sur l’emballage. Généralement, ce pourcentage se situe aux alentours de 30%.

Je conseille très souvent de commencer la saponification à froid en utilisant plutôt la lessive de soude déjà diluée : son utilisation est plus simple et vous fait gagner du temps. La soude caustique pure vous laissera plus de liberté lorsque vous voudrez créer des variations autour de vos recettes de savons, mais entre nous, je vous recommande de vous faire un peu la main avant d’expérimenter !

Le matériel adéquat pour commencer la saponification à froid

Lorsque l’on cherche à réaliser ses propres savons, on peut être un peu rebuté par le matériel dans lequel il faut investir pour commencer. La liste n’est pourtant pas si longue : voici le matériel indispensable pour débuter sans se ruiner.

  • Une balance de précision : bien utile aussi bien en cosmétique naturelle qu’en savonnerie, elle permet d’obtenir des pesées fiables pour vos réalisations
  • Un mixeur plongeant : je vous encourage à l’acheter d’occasion, car vous n’avez absolument pas besoin d’un mixeur ultra perfectionné. De plus, il vous faudra réserver celui-ci à la fabrication de votre savon, donc n’y mettez pas un budget fou. Les ressourceries en sont pleines !
  • De quoi vous protéger : gants, lunettes de protection, blouse : l’important est que toutes les parties de votre corps soient couvertes. J’ai longtemps savonné en utilisant des gants de vaisselle, et en portant des vêtements amples que je pouvais salir sans risque.
  • Différents récipients pour peser et mixer votre pâte à savon : encore une fois, pensez à la récup’, mais privilégiez les contenants qui soient sécuritaires au contact de la soude caustique. Bye bye le verre, privilégiez les contenants en plastique rigide ou en inox.
  • Des moules pour vos savons : encore une fois, pas besoin d’investir dans des moules sophistiqués ! J’ai commencé par récupérer des moules en silicone de cuisine que je n’utilisais plus, ou bien encore des briques Tetrapak (de lait ou de jus de fruits) que je découpais sur le dessus. Vous voulez mon astuce pour faire de jolis savons ronds ? Réutilisez des boîtes de chips Pringles !

Ma recette ultra simple pour vous lancer

Recette de savon solide maison aux 2 huiles végétales

Pour vous lancer, je vous propose de tester cette recette simple, avec seulement 2 huiles végétales différentes, de l’huile d’olive et de coco. C’est une des premières recettes que j’ai réalisées, et elle a l’avantage de ne nécessiter que des huiles qu’on a presque tous chez soi. Veillez bien à repasser la recette dans votre calculateur pour renseigner la bonne concentration de soude qui correspond à la lessive de soude que vous aurez achetée. Cette recette a été créée pour vous donner un total de 800g de savon, si vous souhaitez changer cette quantité, vous pourrez recalculer les pesées grâce au calculateur.

Calculateur de saponification
  1. Pour réaliser cette recette, après avoir enfilé votre équipement de protection, commencez par faire fondre vos 166g huile de coco au bain-marie.
  2. Dans un autre récipient, pesez votre lessive de soude, à savoir la somme de la soude (75g) + de l’eau (173g), soit 248g de lessive de soude à 30% de concentration. Encore une fois, si votre lessive de soude a une autre concentration, repassez la recette au calculateur avec la concentration adéquate.
  3. Quand votre huile de coco est complètement fondue, ajoutez les les 387g d’huile d’olive.
  4. Versez ensuite la soude avec précaution dans vos huiles végétales.
  5. Mixez ensuite à l’aide du mixeur plongeant jusqu’à obtenir la trace, puis coulez en moule.

Vous n’aurez plus qu’à laissez prendre votre savon pendant environ 48h le temps que la réaction de saponification se fasse complètement. C’est à partir de ce moment là que vous pourrez couper votre savon, et le stocker pendant un mois le temps de laisser le savon sécher. Vous pouvez retrouver ma recette sur Kelvin !

Recette de savon solide en saponification à froid

Oula, est-ce que j’ai été trop vite pour vous ? La saponification à froid est une technique qui nécessite un peu de temps avant d’être comprise et intégrée. Comme je le disais, après cet atelier plutôt raté, j’ai passé plusieurs semaines à lire sur le sujet pour comprendre les mécanismes de la saponification à froid et me relancer seule. J’ai beaucoup expérimenté, lu tout et son contraire sur le sujet de la savonnerie (ce qui peut être extrêmement déroutant quand on débute !), j’ai vu beaucoup d’idées reçues balayées d’un revers de la main (la supériorité de la saponification à froid sur la saponification à chaud, l’utilisation d’huiles essentielles dans les savons saponifiés à froid…), j’ai fini par initier mes proches autour de moi, et petit à petit, le projet de lancer mes propres ateliers d’initiation à la cosmétique naturelle mais aussi à la savonnerie s’est formé.

Après 2 ans et plus de 700 personnes formées à ces disciplines, ce dont je suis certaines c’est que reprendre en main sa consommation est extrêmement gratifiant. M’initier à la savonnerie artisanale a été un véritable tremplin dans mon passage à l’action vers un quotidien plus éco-responsable, car une fois la saponification à froid maîtrisée, j’ai eu envie de TOUT faire maison. Et c’est un pari réussi puisqu’aujourd’hui, le seul produit cosmétique que je ne réalise pas maison, c’est le dentifrice de mes filles : mes recettes n’ont pas encore trouvé grâce à leurs yeux, mais je ne m’avoue pas vaincue pour autant…

Si vous sentez que vous avez besoin d’être davantage accompagné pour la réalisation de vos premiers savons, je vous invite vivement à vous pencher sur le cours vidéo disponible sur Kelvin : j’y décortique en profondeur chaque aspect de cette technique, pour que vous réussissiez très simplement vos premiers savons.

Et vous, comment vous êtes-vous lancé ? Racontez-moi dans les commentaires !

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